Vendredi, Juin 23, 2017

Toussaint Louverture, « le premier des Noirs (1) »

Il est des hommes dont l’histoire a retenu le nom. Il se peut que de tels hommes aient été exceptionnels, tant leurs idéaux et leurs rêves ont fini par se réaliser en dépit des circonstances rebelles et pleines d’adversité. Toussaint Louverture² compte parmi ces hommes exceptionnels.

Son nom a traversé les siècles et est devenu, contre toute forme d’oppression et de racisme, le synonyme de détermination, d’indépendance et de liberté.

Son histoire commence à Haïti, une colonie de la France, au XVIIIème siècle. Il y est né en 1743. En ces temps rudes et iniques, « les hommes de couleur » sont mis en esclavage.

Il grandit et évolue dans la propriété d’un notable opulent. Il appartient à ce riche propriétaire. Celui-ci lui donne le nom de Toussaint. Il vit avec les siens et parmi ses semblables. Il se distingue par son intelligence qui est vive. Ce propriétaire finit par l’affranchir. Il ne possède donc plus le statut d’esclave. Il avait dépassé l’âge de trente ans quand il fut rendu à la liberté. Il apprit le français avec facilité au point qu’il parla cette langue et l’écrivit avec un certain talent. Il se résolut à exercer une profession pour subvenir à ses besoins. Il ne tarda pas à trouver un métier dans le commerce. Doté d’un sens aigu des affaires, il fit rapidement fortune. Il s’installa dans une maison vaste et luxueuse. Il se maria, eut des enfants et posséda pour son service des esclaves noirs. A cette époque de sa vie, il ne prend pas conscience du scandale éhonté et du caractère inadmissible de l’esclavage en général et de celui de ses semblables en particulier. En 1791, plusieurs émeutes éclatent sur le territoire, qui sont consécutives à des esclaves révoltés contre leur condition. Ils sont inspirés par un meneur, adepte de la religion du Vaudou. Dès lors, ils n’acceptèrent plus leur esclavage. Ils se soulevèrent contre les colons. Ils attaquèrent avec détermination les autorités du pays.

Toussaint prit la tête des émeutiers et opposa avec leur aide une résistance farouche. Il leur apparut vite comme un meneur et un stratège redoutable. Pendant cette période de rébellion contre les autorités haïtiennes esclavagistes, Toussaint manifesta une aptitude particulière à se frayer un passage (une ouverture) dans les rangs de ses adversaires, les partisans de l’esclavage. Pour ce motif, ses hommes le surnommèrent Toussaint Louverture.

Au nom des Droits de l’Homme, nouvellement proclamés, la France révolutionnaire résolut d’abolir en 1794 l’esclavage sur la terre d’Haïti et rendit par conséquent la liberté à tous les Haïtiens. Dès ce moment, Toussaint Louverture dépose les armes et entre dans l’armée de son pays, avec le grade militaire de général.

Ainsi, un temps nouveau survint pour Haïti, le temps de la liberté politique et de l’émancipation sociale. Toussaint Louverture s’imposa vite auprès des Haïtiens comme le chef politique de premier plan et incontesté du pays. En effet, il dirigea seul Haïti, en tant que « gouverneur à vie ». Inspiré par les Droits de l’Homme, il rédigea pour ses concitoyens une constitution.

Bien après la période révolutionnaire, un homme audacieux et vindicatif s’empara du pouvoir en France. Il fit un coup d’Etat. Il a pour nom Napoléon. Il s’autoproclama : « Empereur des Français ». Toussaint Louverture prit la liberté de lui écrire. Il lui indiqua que vu son rang, il était le premier des Blancs dans son pays, tandis que lui était « le premier des Noirs » dans le sien. Napoléon ne supporta pas que dans une colonie de la France dont il était devenu le maître, il exista quelqu’un qui exprima un tel esprit d’indépendance. Il décida de le faire emprisonner. Il y arriva par la force militaire. Il chargea le général Leclerc de l’arrêter et de l’amener en France. Entre-temps, en tant que Chef de l’Etat français, il n’hésita pas à rétablir l’esclavage sur le territoire haïtien. Arrivé en France, Toussaint Louverture fut jeté en prison. Il y mourut quelques mois plus tard des suites d’une maladie pulmonaire, qu’il avait contractée à Haïti depuis longtemps et qu’il avait négligée de soigner. Lors de son emprisonnement en France, Toussaint Louverture rédigea ses mémoires dans une langue française élégante et précise. Il y fait preuve d’une grande éloquence. A certains endroits de son écrit, il adopte le langage de la poésie.

Il défend dans ses mémoires son administration politique d’Haïti et dénonce avec force et véhémence les agissements du général Leclerc. Toussaint Louverture est certain que ce général a agi de son propre chef. Or « le premier des Noirs » ignorait que ce général ne faisait que suivre les ordres de Napoléon. Il ne doute pas de sa libération prochaine, tant sa conviction de son bon droit est grande. Toussaint Louverture rend son dernier souffle en détention en 1803. Il ne vit pas par conséquent le soulèvement de sa patrie pour son indépendance, qu’elle obtiendra en définitive en 1805, soit deux années après sa mort. La nation haïtienne nouvellement libre se donnera comme constitution, celle qu’avait rédigée « le premier des Noirs ».

Lorsque le général Leclerc l’avait fait prisonnier, Toussaint Louverture aurait prophétisé pour sa terre natale son émancipation inévitable. En effet, il aurait prononcé cette parole salvatrice :

« En me renversant, on n’a abattu que le tronc de l’arbre de la Liberté des Noirs ; il repoussera par les racines, parce qu’elles sont nombreuses et profondes (3). »

Ainsi, Toussaint Louverture est entré dans l’histoire comme celui qui a été le précurseur de l’indépendance politique de sa patrie. Il reste un exemple fécond pour les générations présentes et à avenir, un exemple historique pour son combat pugnace contre l’esclavage des Noirs, un exemple à méditer pour sa calme détermination à se défendre contre la calomnie et un exemple exceptionnel pour son itinéraire (il est né esclave dans sa patrie et il en est devenu le gouverneur à vie).

Les éditions Mercure de France ont eu l’excellente idée de publier les mémoires de Toussaint Louverture, au mois de février de cette année. Cet ouvrage du « premier des Noirs » est donc disponible. C’est une occasion pour le lire et le (re)découvrir.

Saïd Kalonga.

1 Par cette expression que Toussaint Louverture utilise pour se désigner, voir Pierre Larousse, Notice biographique, dans Général Toussaint Louverture, Mémoires suivi du Journal du général Cafarelli, Editions Mercure de France, 2016, pp. 29-30.

2 Source principale de l’article : Jean-Louis Donnadieu, Toussaint Louverture : le Napoléon noir, Editions Belin, Paris, 2014

3 Jean-Louis Donnadieu, op. cit., p. 244

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