Samedi, Novembre 18, 2017

ONU: une négociation américaine au pas de charge

En juillet dernier, Washington avait pris un mois pour négocier avec Pékin et Moscou un septième train de sanctions contre Pyongyang. En septembre, les discussions, menées à la hussarde et ponctuées lundi par une nouvelle résolution sur la RDC, ont duré moins d'une semaine. Récit en quatre actes.

 

Premier acte: "Trop c'est trop"

Lundi 4 septembre, Nikki Haley, ambassadrice américaine à l'ONU, convoque une réunion du Conseil de sécurité après un 6e essai nucléaire nord-coréen. Elle attend la toute fin de session pour reprendre la parole à la surprise générale et annoncer la mise au vote d'une nouvelle résolution de sanctions une semaine plus tard.

"Trop c'est trop" et "l'heure est venue de cesser les demi-mesures", lance celle qui est devenue la voix de la diplomatie américaine, en parlant "d'urgence".

Deuxième acte: La barre au plus haut

Mercredi 6 septembre, les Etats-Unis diffusent à leurs 14 partenaires du Conseil un projet de résolution étourdissant de mesures fortes: inspection par la force de navires suspects, embargo pétrolier et gazier, interdiction d'importer du textile nord-coréen, renvoi des expatriés nord-coréens, gel des avoirs de Kim Jong-Un.

Diffuser d'emblée un texte à l'ensemble du Conseil est stratégique. Les Etats-Unis placent la barre très haut mais savent pertinemment que la Russie et la Chine, soutiens de Pyongyang, ne l'accepteront pas en l'état. Plutôt que de commencer des discussions à deux ou trois qui s'éterniseraient (comme en juillet), Washington met Pékin et Moscou dans l'obligation de répondre et de négocier.

Ce premier texte "contient absolument tout. Mais c'est plus un menu qu'un truc à prendre ou à laisser", note un diplomate. Des discussions bilatérales, trilatérales ou entre les cinq membres permanents dotés d'un droit de veto (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Chine) s'engagent. Lors d'une réunion à 15 vendredi après-midi, Moscou et Pékin confirment leur refus global des mesures, n'acceptant que de bannir le textile. Et réclament de souligner dans le texte la nécessité d'une solution politique.

Troisième acte: Washington "accélère le tempo"

Vendredi 8 septembre soir. Les Américains brusquent tout le monde. Ils demandent formellement dans un communiqué une mise au vote "d'un" texte lundi. Et diffusent à un cercle restreint incluant Pékin et Moscou une nouvelle version de leur projet. Ce communiqué "est un instrument de pression" qui permet à Washington "de reprendre la main", explique sous anonymat un spécialiste du dossier.

"Leur message revient à dire: +nous n’avons plus beaucoup de marge possible de négociations désormais+". Ce faisant, ils prennent le risque de braquer la Chine et la Russie. Mais ces deux pays sont aussi sous pression pour aboutir et éviter un étalage de divisions.

Samedi et dimanche, les négociations entre Washington, Pékin et Moscou redoublent de manière constructive. Le texte américain est édulcoré. Le textile est maintenu, l'embargo sur le pétrole devient limité et les inspections en mer ne pourront se faire qu'avec l'aval des pays liés aux pavillons des navires. Le gel des avoirs du dirigeant nord-coréen est abandonné pour montrer qu'il n'y a pas de volonté de changer de régime et les expatriés nord-coréens ne seront plus renvoyés qu'à l'expiration de leurs contrats.

Une sortie de crise pacifique est enfin mise en avant pour répondre aux demandes chinoise et russe. Pour plusieurs diplomates, l'ensemble "robuste" et "équilibré" est plus fort que les dernières sanctions et "le pied est mis dans la porte" dans les domaines du pétrole et gaz.

Quatrième et dernier acte: Passage en force

Dimanche 10 septembre soir. Les Etats-Unis diffusent aux 15 membres du Conseil une version définitive de leur texte, le déclarant prêt pour un vote lundi. Ils passent en force alors que la Chine n'a pas encore donné son feu vert sur la dernière mouture du texte, selon une source proche du dossier.

Lundi matin, Pékin dit approuver "de nouvelles réactions et mesures nécessaires" à l'ONU. La Corée du Nord avertit les Etats-Unis qu'elle leur infligera "la plus grande des souffrances et des douleurs".

Dans l'après-midi, les sanctions sont adoptées à l'unanimité. Nikki Haley a réussi son pari d'une nouvelle résolution en une semaine.

L’Express/CC

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Ali Kalonga

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