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Kenya : le refus des permis de travail aux médecins congolais devient un dossier diplomatique avec la RDC



Un tournant diplomatique s’amorce entre Nairobi et Kinshasa autour du dossier sensible des médecins congolais exerçant au Kenya. Saisie par une cinquantaine de praticiens originaires de la République démocratique du Congo, la justice kényane a décidé, lundi 2 février 2026, de suspendre l’examen du litige afin de laisser place à une solution politique négociée entre les deux États.

Au cœur de l’affaire, le refus des autorités kényanes de renouveler les permis de travail et licences professionnelles de médecins congolais, une décision prise par le ministère de la Santé et justifiée par la priorité accordée à l’emploi des ressortissants nationaux. Contestant cette mesure, les praticiens concernés ont saisi les tribunaux, estimant que leur statut de citoyens d’un État membre de la Communauté d’Afrique de l’Est leur garantit le droit de travailler librement dans les pays partenaires.

Mais devant la juridiction, les signaux ont rapidement changé. Les avocats représentant aussi bien le Gouvernement kényan que les médecins ont indiqué que des discussions diplomatiques de haut niveau étaient déjà en cours entre Nairobi et Kinshasa, rendant souhaitable un règlement à l’amiable du différend.

L’avocat des médecins a notamment informé la cour que le Président congolais, Félix Tshisekedi, avait personnellement engagé des échanges avec son homologue kényan, William Ruto, afin de désamorcer une crise susceptible de fragiliser les relations entre deux pays alliés. Selon lui, l’option judiciaire risquerait d’ouvrir un contentieux diplomatique inutile, alors que des canaux politiques sont activement mobilisés.

Cette position a été confirmée par le représentant légal de l’État kényan, qui a assuré que le dossier des permis de travail et des licences médicales était désormais traité au niveau diplomatique. La cour a également été informée qu’une rencontre entre les différentes parties s’était tenue le vendredi 30 janvier 2026, à Nairobi, au Safari Park Hotel, signe d’une volonté partagée de dialogue.

Prenant acte de ces évolutions, le juge a salué les efforts de médiation en cours et a accordé un délai de 90 jours aux parties pour parvenir à un accord, au terme duquel elles devront faire rapport à la justice.

Cette décision judiciaire ouvre ainsi une parenthèse diplomatique décisive pour l’avenir professionnel des médecins congolais au Kenya, mais aussi pour la crédibilité du principe de libre circulation de la main-d’œuvre qualifiée au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est.

Prosper Buhuru

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