Il y a un an, la RDC -République démocratique du Congo- écrivait une nouvelle page de son histoire politique, en ayant, pour la première fois, une femme à la tête de son Gouvernement. Judith Tuluka Suminwa, jusque-là peu exposée au grand public, devenait la toute première femme Première ministre d’un pays complexe, traversé par des crises multiples et des espoirs entremêlés. Un an plus tard, alors que se profile la mise en place d’un nouveau Gouvernement d’union nationale, l’heure est au bilan. Que retenir de son passage à la Primature ? Et quelles sont ses chances de rester dans le jeu politique ?
Une arrivée saluée, mais pas sans attentes
La nomination de Judith Suminwa, le 1er avril 2024, avait été largement saluée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Femme, technocrate, issue du secteur du développement et détentrice d’un parcours international, elle incarnait l’image du renouveau que le Président Félix Tshisekedi voulait projeter, en entamant son second mandat.
Très vite, cependant, la nouvelle Première ministre a été confrontée aux réalités du pouvoir : une administration lente, une coalition politique fragmentée, des urgences sécuritaires à l’Est, une économie sous pression, et une société civile de plus en plus exigeante.
Un mandat marqué par les urgences nationales
Le Gouvernement Suminwa a eu à gérer une série de défis majeurs. La situation sécuritaire dans les provinces orientales, notamment en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, est demeurée préoccupante, avec des violences persistantes, des déplacements massifs de populations et des défis humanitaires chroniques. Sur ce point, bien que la Première ministre ait multiplié les appels au dialogue et au renforcement des efforts diplomatiques, très peu de résultats concrets ont été ressentis sur le terrain.
Pour autant, Judith Suminwa n’a pas démérité. Elle a su préserver une certaine stabilité institutionnelle, maintenir le cap sur les engagements macroéconomiques et rétablir, dans une certaine mesure, la crédibilité de l’Exécutif auprès des bailleurs de fonds. Son style posé, axé sur la concertation, a permis d’éviter les crises ouvertes au sein de la majorité.
Une figure qui divise, mais qui inspire
L’un des aspects marquants de ce mandat reste l’image de Judith Suminwa dans l’opinion. Si elle n’a pas été perçue comme une figure de rupture radicale, elle s’est imposée comme un symbole fort. Son calme, sa discrétion et sa méthode ont contrasté avec le tumulte habituel de la scène politique congolaise. Elle a également ouvert un nouvel horizon pour les femmes politiques congolaises, en brisant le plafond de verre au sommet de l’État.
Vers un gouvernement d’union nationale, quel avenir pour Judith Suminwa ?À l’aube de la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale, la question se pose : Judith Suminwa peut-elle continuer à jouer un rôle de premier plan ? Son maintien à la Primature paraît incertain, d’autant plus que ce futur gouvernement devra intégrer de nouvelles forces politiques issues des récentes élections et des négociations post-électorales. Les ambitions personnelles, les équilibres géopolitiques et les compromis politiques risquent de prendre le dessus sur la continuité technocratique.
Mais elle pourrait également choisir de se retirer, au-moins temporairement, de la sphère gouvernementale, pour préserver son image et peut-être revenir plus tard avec une posture renforcée.
Une page à moitié écrite
En définitive, le bilan de Judith Suminwa après un an à la Primature est contrasté : riche en symboles, modeste en réformes visibles, mais révélateur des limites du système institutionnel du pays. Elle n’a pas transformé la fonction, mais elle l’a marquée. Et dans une démocratie en construction comme en RDC, cela compte.
L’avenir nous dira si elle restera un épisode ou un tournant. Mais une chose est sûre : Judith Suminwa a montré que la politique congolaise pouvait s’ouvrir à d’autres visages, d’autres voix. Et cette ouverture, en soi, est déjà, pour beaucoup, une victoire.
Prehoub Urprus