Figure incontournable du Parti socialiste, l'ancien premier ministre sous Jacques Chirac et candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2002 est mort.
L'un éléphants du Parti socialiste. Lionel Jospin est mort à l'âge de 88 ans dimanche 22 mars, a annoncé sa famille. Député, chef de parti, ministre, locataire de Matignon et favori du scrutin élyséen de 2002, il a été premier ministre sous Jacques Chirac de 1997 à 2002. L'ancien Premier secrétaire du parti à la rose avait vu sa carrière politique prendre de l'ampleur dans la foulée de l'élection de François Mitterrand à la présidentielle.
En janvier dernier, Lionel Jospin avait subi "une opération sérieuse". "À tous ceux qui s'inquiètent de ma santé, je souhaite donner les éléments suivants: j'ai subi une opération sérieuse qui s'est bien passée. Je suis désormais de retour à la maison en convalescence", déclarait-il dans cette brève déclaration.
L'ancien responsable socialiste, candidat malheureux aux élections présidentielles de 1995 et 2002, n'avait pas souhaité divulguer de détails sur la nature et la cause de cette opération.
Le coup de tonnerre du 21 avril 2002
L'histoire veut que l'on se souvienne plus des victoires que des défaites. Pourtant, la défaite de Lionel Jospin est restée l'un des plus grands épisodes politiques de l'histoire de la Vème République, tant à l'échelle du Parti socialiste, que personnelle puisqu'elle a marqué un coup d'arrêt brutal à sa carrière. Il a été "l'homme du coup de tonnerre" qui a vu Jean-Marie Le Pen, alors président du Front national, accéder au second tour de l'élection présidentielle de 2002.
Battu de 200.000 voix par le leader d'extrême droite, Lionel Jospin s'était retiré de la vie politique dans la foulée. Huit candidats de gauche et d'extrême gauche s'étaient présenté au premier tour du scrutin. Lionel Jospin a fait face à un destin contrarié par ce qui à l'époque parait comme impensable - ou presque avec l'accession pour la première fois au second tour de l'élection présidentielle du candidat d'extrême droite et la fin du match pré-écrit entre la droite, l'UMP et la gauche, le Parti socialiste.
Cet événement politique a presque éclipsé 40 ans de vie politique. Lionel Jospin avait débuté sa carrière à la gauche de la gauche, avant de rejoindre en 1971 François Mitterrand. Il a connu une ascension dans l'appareil socialiste qui a abouti à sa nomination en tant que ministre de l'Éducation nationale de 1988 à 1992.
Artisan de la "gauche plurielle"
Chantre de "l'alliance rouge, rose et verte" comme l'a rappelé Jean-Luc Mélenchon dans un hommage, Lionel Jospin a incarné "la gauche plurielle", une alliance des socialistes avec les communistes et les écologistes. "Il était le spécialiste du rapport avec les communistes", a expliqué l'éditorialiste Alain Duhamel. "C'est lui qui a décompléxé les socialistes", a-t-il rappelé.
Premier ministre de cohabitation sous la présidence de Jacques Chirac, pendant cinq ans, Lionel Jospin avait été nommé à Matignon en 1997 après la dissolution surprise et hasardeuse du président de la République qui a profité à la gauche, au détriment de la droite. Dans son gouvernement, "Lionel Jospin avait les représentants de tous les partis de gauche dans son gouvernement et ça marchait à la baguette", a raconté l'éditorialiste. "Avec lui, on obésissait et c'était pareil quand il est Premier secrétaire du PS. Il avait une autorité naturelle, il avait des convictions idéologiques assez raides mais qui avait un comportement assez pragmatique", a-t-il ajouté.
Son mandat à Matignon a été marqué par la mise en place de la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle (CMU) et un contrat d'union civile - le PACS - pour tous les couples, lointain précurseur du mariage homosexuel.
Premier secrétaire du PS jusqu'en 1988
Lionel Jospin est né dans une famille protestante en 1937 à Meudon près de Paris. Il avait fait ses armes sur les bancs de la prestigieuse École normale d'administration (ENA), entrant au ministère des Affaires étrangères en 1965. Parallèlement, l'ancien scout avait été à l'école d'un militantisme particulièrement austère, le groupuscule trotskiste de l'Organisation communiste internationaliste (OCI).
Des décennies plus tard, alors qu'il était Premier ministre, des rumeurs affirmeront que Lionel Jospin a prolongé cet engagement semi-clandestin jusque dans les années 1980 alors même qu'il exerçait déjà des responsabilités au Parti socialiste. Lui s'en est toujours défendu. Cet ancien basketteur universitaire de bon niveau, grand, raide, lunettes à montures d'acier et cheveux frisés blanchis par le temps avait été élu député de Paris en 1981, dans la foulée de l'élection de François Mitterrand à l'Élysée et s'était vu confier la direction du Parti socialiste jusqu'en 1988.
De nombreuses personnalités de gauche, aujourd'hui aux manettes, datent leur engagement de cette époque. Défendant la candidature de Raphaël Glucksmann aux élections européennes de 2019 ou celle d'Anne Hidalgo à la présidentielle de 2022, Lionel Jospin était opposé à la ligne d'Olivier Faure, son successeur à la tête du PS depuis 2017. Ce dernier a salué la mémoire d'un "inspirateur" qui avait "amené la gauche plurielle au pouvoir". Il l'avait rejoint néanmoins ces derniers mois dans ses appels à éviter de censurer les gouvernements de François Bayrou et Sébastien Lecornu, au nom de la stabilité.
RTL/CC









